Le transfert. Psychologue Montpellier

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Le transfert. Psychologue Montpellier

Category : Textes

Du point de vue psychanalytique, la notion de transfert se retrouve aussi bien dans la vie courante que dans la situation analytique et implique une idée de transport sans atteinte de l’intégrité de l’objet.

Il peut être qualifié de positif, tels que les sentiments d’amour par exemple, ou bien négatif, comme la haine ou bien la peur.

Il s’agit d’un élément essentiel de la cure et sur lequel le psychanalyste se doit de travailler : le transfert est un “processus constitutif de la cure psychanalytique par lequel les désirs inconscients de l’analysant concernant des objets extérieurs viennent se répéter, dans le cadre de la situation analytique, sur la personne de l’analyste mise en position de ces divers objets”.

Dans un premier temps, pour Freud, il s’agit d’un transfert d’affect, qui est lié à la résistance dans la cure dans sa théorie de la séduction.

Voie d’accès vers l’inconscient, le transfert regroupe les conceptions de répétition (l’actualisation des fantasmes inconscients), liés au complexe d œdipe et qui portent sur les fragments de vie sexuelle infantile chez Freud (en 1920 dans Au-delà du principe de plaisir), ainsi que sur l’ambivalence des affects chez Mélanie Klein: “je soutiens que le transfert a ses origines dans les mêmes processus [d’amour et de haine, d’agression et de culpabilité] qui aux stades les plus précoces déterminent les relations objectales”.

Dans un second temps, en 1923, Freud fait le lien entre psychanalyse et théorie de la libido expliquant qu’il s’agit du “plus puissant moyen adjuvant du traitement”.

Différents auteurs par la suite ont travaillé sur la question du transfert.

Ainsi, pour W.Bion, le maniement du transfert tend à exclure de la situation analytique toute forme de réalité matérielle au profit de la seule réalité psychique : “Celle-ci est alors conforme à l’image que le psychotique se fait du monde et de lui-même”. S.Ferenczi et D.W.Winnicott avancent quant à eux que le transfert met l’analyste en position parentale.

Pour J.Lacan, le transfert est un des quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse à côté de l’inconscient, de la répétition, et de la pulsion.

Dès 1951, dans L’intervention sur le transfert, il reprend le cas Dora en l’éclairant comme une suite de renversements dialectiques, dans les “temps faibles” de l’analyste, l’analysant avançant ainsi dans la découverte de la vérité.

Pour J.Lacan, le transfert est la “mise en acte de l’inconscient” et il s’agirait de nouer le transfert à la pulsion : il se rapporte à l’Objet qui chez Freud est le moyen par lequel la pulsion atteint son but, se décharger.

Au départ, J.Lacan conçoit le transfert comme projection, le transfert imaginaire.

Par la suite, en 1966, dans le Séminaire I, J.Lacan le repense comme symbolique en référence à la parole pleine en psychanalyse : là où le discours s’articule à l’Autre, lorsque le sujet accepte de ne pas avoir le Phallus, ce Signifiant qui manque dans l’Autre et qui joue un rôle dans la métaphore paternelle : “chaque fois qu’un homme parle à un autre d’une façon authentique et pleine”.

Plus tard, dans le séminaire VIII consacré au transfert, en 1960-61, “la question du transfert est articulée intimement à celle de l’objet (…), le désir de l’Autre et la jouissance de la chose”.

Dans le séminaire XI, J. Lacan introduit une “catégorie essentielle de l’événement transférentiel”, leSujet-Supposé-Savoir : condition matérielle et pivot de l’opération analytique.

La problématique réside dans la méprise du Sujet-Supposé-Savoir, méprise qui est du fait de l’analysant qui met l’analyste en cette place, sorte de mirage transférentiel qui soutient la situation analytique.

“Le transfert y apparaît comme la matérialisation d’une opération qui relève de la tromperie et qui consiste, pour l’analysant, à installer l’analyste en position de “sujet-supposé-savoir”, c’est à dire lui attribuer le savoir absolu”(Séminaire de 1961 – L’Identification).

La destitution de cette place de Sujet-Supposé-Savoir de l’analysant envers l’analyste est la clé de la fin d’analyse et la “réduction [de celui-ci] à l’avènement de cet objet a comme cause de la division du sujet, qui vient à sa place” (Séminaire XV, leçon du 10 janvier 1968), ce qui revient au franchissement du plan de l’Identification” (Séminaire XI), défaisant ainsi le noyau d’identifications aliénantes, à savoir le maintien de la distance entre le registre Imaginaire et l’objet a.

On voit ainsi que transfert et identification sont intimement liés dans la relation psychanalytique, nous allons pouvoir maintenant examiner ce deuxième terme.

L’identification est un “processus central par lequel le sujet se constitue et se transforme en assimilant ou en s’appropriant, en des moments clés de son évolution, des aspects, attributs ou traits des êtres humains qui l’entourent”.

Au départ, conceptualisé par S.Freud comme un désir refoulé en 1896, il élabore dans l’Interprétation des Rêves, l’identification en parallèle à la condensation et au déplacement quand une seule personne représente un groupe de personnes, il s’agit de la personne composite, de la pluralité des personnes psychiques.

Cela prend la notion de trait unaire qui voudrait que l’identification “n’emprunte qu’un seul trait à  la personne-objet” (Psychologie collective et Analyse du moi) ou chez J.Lacan : l’Autre s’introjecte par un trait unique (einziger zug).

Plus tard, en 1920, dans Au-delà principe plaisir, S.Freud propose trois types d’identifications: au stade oral accompagné de l’incorporation de l’objet, l’identification régressive, présente dans hystérie qui est l’imitation d’un symptôme de la personne aimée (comme dans le cas Dora où la toux du père est un choix d’objet qui régresse jusqu’à l’identification, le trait unique), et l’identification désexualisée dans un collectif, identification au chef, installation du meneur en position d’idéal du moi.

Dans le dictionnaire de psychologie : “processus inconscient au travers desquels se réalise la structuration du moi et de la personnalité; le sujet “se met à la place de l’autre'”.

L’auteur, J.-P. Bronckart, distingue là aussi  trois types d’identifications: l’identification primaire qui est la fusion entre le sujet et le modèle, identification structurante qui intervient à la suite du complexe d’œdipe, jusqu’à l’adolescence, moi et surmoi s’organisant avec le modèle parental et l’identification indépendante dans laquelle le moi se construit sur la base de l’expérience propre.

Pour J.Lacan, identification se lie au stade du miroir, à l”infans (enfant qui ne parle pas encore) et au petit autre (semblable qui tient du registre imaginaire).

Il se réfère aux confessions de saint augustin tout au long de sa carrière : “J’ai vu  de mes yeux et bien observé un tout petit en proie à la jalousie : il ne parlait pas encore et il ne pouvait sans pâlir arrêter son regard amer au spectacle de son frère de lait.”

Qu’est-ce qui est là décrit ? C’est la preuve que “la jalousie dans son fonds représente non pas une rivalité vitale mais une identification mentale”.

La rencontre d’un enfant fraîchement sevré avec le spectacle de la jouissance de son “frère de lait” est l’embrayeur de la “haine jalouse” -celle qui jaillit de la jalouissance, de celle qui “s’imageaillisse du regard”- mots-valises qui soulignent la dimension imaginaire (Séminaire XX).

De fait, on voit comment l’imaginaire joue le rôle dans l’identification, dans une rencontre d’une figure de l’autre sur un plan imaginaire ainsi que les deux mouvements que J.Lacan distingue: introjection symbolique (idéal du moi) et projection imaginaire (moi idéal).